IN MEMORIAM : Élisabeth du Puytison-Lagarce
(1941-2015)


Avec le décès de notre
regretté collègue Élisabeth Martin du Puytison – Lagarce (1941-2015), l’archéologie
syrienne ainsi que les études ougaritiques, levantines, phéniciennes et chypriotes
ont perdu l’une de leurs figures de proue. Ancienne élève des sœurs
Franciscaines à Damas et Beyrouth, Élisabeth avait hérité de son père une
passion pour l’histoire du Levant et celui-ci l’avait encouragé à entreprendre des études
sur le Proche Orient ancien à Paris. Études qui furent suivies de formations archéologiques
sur le terrain, l’amenant ainsi à Enkomi, Alasia, Ras Shamra et enfin, Ras Ibn
Hani. C’est là qu’Élisabeth m’a accueilli à de nombreuses occasions avec son
hospitalité légendaire, aux côtés de son mari Jacques et de leur fille Bérénice.
Les visites de chantier étaient passionnantes, tout comme les discussions lors
des visites qu’elle me dispensait à Tell Kazel et à Bruxelles, ainsi que lors
de nos rencontres aux de nombreux congrès et colloques en Orient, en Europe ou
en Afrique du Nord.

Collaboratrice de Jean Leclant
depuis la fin des années soixante, Élisabeth suivit de près les progrès de l’égyptologie
et signa plusieurs études dans un domaine pour lequel sa fille allait se
passionner à son tour. Paru en 1976, l’ouvrage collectif sur les fouilles de
Kition doit en effet beaucoup à sa vaste
connaissance bibliographique sur les scarabées et objets en faïence.(1) Trois ans plus
tard, elle eut l’occasion d’attirer l’attention de ses collègues sur le
substrat syrien de l’iconographie phénicienne à l’occasion du premier congrès
international des études phéniciennes et
puniques.(2) Sa profonde connaissance de l’Age du Bronze récent lui permit à
plusieurs occasions de percevoir la continuation des traditions levantines dans
les expressions culturelles d’autres zones méditerranéennes.(3) C’est cette
nouvelle orientation qui lui valut le rôle de responsable de groupements de
recherche (CNRS 989/URA 995) portant sur le modèle phénicien dans le développement
de la période orientalisante en Méditerranée, une décennie avant qu’une longue
et pénible maladie frappa son foyer.

Ces quelques lignes ne concernent
qu’un seul aspect d’une considérable production scientifique qui fit d’Élisabeth
un véritable précurseur de notre Pôle d’Attraction Interuniversitaire Greater Mesopotamia dans ses grands axes
(Levant) comme dans ses thèmes plus spécifiques (glyptique). Puissent Jacques
et Bérénice y trouver néanmoins quelque confort dans l’attente des notices
biographiques plus complètes que d’autres amis publieront bientôt…

Eric Gubel

Coordinateur PAI: Greater
Mesopotamia


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(1) G. Clerc, V. Karageorghis, É.
Lagarce et J. Leclant, Fouilles de Kition,
II. Objets égyptiens et égyptisants:
scarabées, amulettes et figurines en pâte de verre et en faïence, vase
plastique en faïence. Sites I et II, 1969-1975
, Nicosie, 1976, cfr. aussi É.
Lagarce, “Annexe I. Le scarabée de la tombe 13”, dans P. Courbin, Fouilles de Bassit. Tombes du Fer, Paris
1993 ; 119-123.

(2) É. Lagarce, “Le rôle d’Ugarit dans l’élaboration du répertoire iconographique syro-phénicien du premier millénaire avant J.-C. », Atti del I Congresso InternazIonaLe di Studi Fenici e Punici. Roma, 5-10 Novembre 1979, II, Rome 1983 ; 547-562.

(3) J. Lagarce & É. Lagarce, “Les lingots ‘en peau de bœuf’, objets de commerce et symboles idéologiques dans le monde méditerranéen”, Revue d’études phénico-puniques et d’antiquités libyennes X (1997) : 73-97, cfr. J. Gran-Aymerich & É. Lagarce, « Recherches sur la période orientalisante en Étrurie et dans le Midi ibérique », CRAIBL 139 (1995) : 567-602.